De H. A. Aubert

                                                             Barcelona, 22 de junio de 18981

Monsieur

Lecteur intéressé de vos incomparables chefs-d’œuvre dont la dernière: Paris, m’a surtout vivement impressionné, je me suis dit, qu’un homme de votre talent, d’un cœur si généreux et d’un caractère si élevé et ouvert à toutes les idées du progrès ne dédaignerait peut-être pas de patronner et de mettre en pratique un projet, qui serait d’une utilité incontestable pour toute l’humanité.

Je veux parler de la navigation aérienne.

Depuis de longues années je me suis occupé de ce problème, et, forfanterie à part, j’ai la conviction la plus absolue d’avoir enfin réussi à résoudre ce problème entièrement.

Je sais bien, que ces idées sont généralement accueillies avec beaucoup de méfiance et une sorte de dédaigneuse pitié; mais si vous voulez bien me permettre de vous soumettre mon idée et mes calculs, je suis certain que vous serez comme moi absolument convaincu de l’infaillibilité de la machine que j’ai conçue, et je serai heureux de vous soumettre tous les calculs et tous les détails de mon invention, ayant une confiance illimitée dans votre discrétion, comme je serai extrêmement flatté et fier si par votre aide et concours il m’est donné de construire cette machine.

Je sais que Monsieur Ader ces jours-ci a présenté une machine à voler d’un nouveau type à l’académie de science, je ne connais pas son système, mais je suis certain que le mien ne lui cède en rien et même j’ai la présomption que quel que soit le résultat que donnera «l’avion» de Mr Ader, ma machine sera de beaucoup supérieure2.

Je vous serai donc extrêmement obligé, si dans vos courts loisirs vous voulez bien prendre ma demande en considération et me donner une réponse même si elle ne doit pas être favorable, et si vous ne voulez pas vous en occuper vous-même, peut-être seriez-vous assez aimable de m’indiquer quelqu’un parmi vos connaissances et de votre confiance, qui disposerait des moyens nécessaires et voudrait bien se joindre à moi pour mettre en pratique la construction définitive d’un «avion» dirigeable.

Permettez-moi en même temps de joindre mes félicitations les plus sincères à toutes celles, que vous avez déjà reçues, pour votre généreuse, désintéressée et noble campagne pour la vérité et la justice; comme tous ceux qui aiment la bonne cause, je vous admire; je suis votre procès avec le plus passionné intérêt et je souhaite du fond de mon cœur que vous sortiez vainqueur et triomphant de toutes les infamies et viles et basses intrigues, qui se sont déchaînées contre vous depuis quelque temps.

Quel que soit, pourtant, l’issue, la vérité et la justice finiront toujours par prendre le dessus et vous serez toujours aimé et admiré de tous pour votre courage indomable pour votre généreux et noble cœur et pour votre amour à l’humanité.3

Excusez Monsieur, mon hardiesse en vous écrivant, moi, pour vous absolument inconnu, j’aime à croire, que vous ne m’en voudrez pas et agréez Monsieur l’assurance de ma considération la plus distinguée.

Colección: I.T.E.M.-C.N.R.S. Centre d’études sur Zola et le Naturalisme.

1. Dirección: «Ancha 30».

2. En efecto, en 1897 Ader construyó una serie de aeroplanos que llamaba «aviones». Eran máquinas muy complicadas, necesitadas de una fuerte subvención económica, que por falta de estabilidad no consiguieron satisfacer las expectativas de la nueva ciencia aeronáutica.

3.  El 28 de junio se constituye el gabinete de Brisson. El ministro de la guerra será Godefroy Cavaignac.

El 5 de julio la mujer de Dreyfus había pedido la revisión del proceso de su marido basándose en el dossier secreto que había sido revelado con ocasión del procesamiento de Zola.

El 7 de julio Cavaignac anuncia tener tres pruebas de la culpabilidad de Dreyfus. Se trata de tres documentos pertenecientes al dossier secreto. De este modo, el ministro de la guerra hablaba del caso, con lo que disipaba el carácter de secreto militar que lo había transformado en un tabú.

El 9 de julio, tras el procesamiento por difamación que iniciaran los tres expertos, Zola es condenado a quince días de cárcel y a 2.000 francos de multa. Este mismo día Picquart escribe a Brisson refutando las pruebas de que hablaba Cavaignac (Jaurès también las había contestado en La Petite République el día 8). El 12 Esterhazy es encarcelado. Picquart lo fue el 13. El 16 de julio Zola publica «Lettre à M. Brisson». El 18 de julio se reinicia el proceso en Versailles y novelista es de nuevo condenado. Esa misma noche parte para Inglaterra. Este sería el momento más desolador para los partidarios de la revisión: Zola en Inglaterra, Scheurer-Kestner enfermo y Picquart encarcelado.