De Louis Fauret

Santiago de Chile (Chile), 17 de febrero de 1898

A Monsieur Emile Zola

Monsieur et cher compatriote.

Votre lettre à la jeunesse de France m’a ému à tel point, que, si humble que je sois je ne puis résister au désir de vous dire que je suis avec vous.

Pour vous prouver la sincérité de mon adhésion a la cause que vous soutenez, je vous dirai tout franchement que je ne suis pas du tout admirateur de quelques uns de vous ouvrages, et surtout de La Terre. J’y trouve un langage pas trop naturel. Je veux dire que certains mots choquent par leur extrême crudité jusqu’à les hommes de 43 ans comme moi, quoique je vous assure que je n’ai jamais rien fait pour mériter d’être canonisé. Mais en lisant votre livre je me suis dit ceci:

Si Mr Zola a écrit cela pour les jeunes filles, il a eu tort car elles apprendront bien assez tot par expérience ce qu’il leur apprend si grossièrement. S’il l’a écrit pour les personnes expérimentées, il a plus que perdu son temps car il a froissé la pudeur la moins rétive, sans leur rien apprendre vû qu’elles en savent au moins autant.

Bref, je ne prétends pas que Dreyfus soit innocent loin de là mais mon coeur s’est émus en pensant qu’il peut l’être.

Et comme je suis convaincu qu’en cette douloureuse affaire, c’est seul, un grand coeur qui parle par humanité et non par vénalité (comme cette malheureuse france, Ma patrie) égarée sans doute à l’air de le croire je vous réitère que je suis avec vous du plus profond de mon coeur.

Que demandez-vous en sommes? Que la lumière sorte des ténèbres! Que la vérité éclate! et comment les hommes instruits reconnus de grande valeur, de grand talent peuvent-ils (à moins d’être aveugles inconscients ou de mauvaise foi) nier et combattre une idée si grandiose, celle de la justice. Quelle aberration s’est donc emparée de ces hommes et surtout de cette jeunesse pour seulement vous discuter le droit de défendre le droit. Je souhaite ardemment que vous soyez dans le vrai car votre idée est grande, noble et généreuse dans toute l’acception de ces mots.

Je n’ai qu’un coeur à vous offrir, mais il est tout entier à vous car comme vous je suis l’ami de l’humanité qui souffre.

N’allez pas croire que je soie juif: j’ai parfaitement été baptisé chrétien sans mon consentement. Mais je ne reconnais qu’une seule religion qui soit vraie. C’est celle d’une conscience pure.

Veuillez m’excuser et accepter la main d’un ami.

[Calle del manzano Nº22-339]